Outils perso

Hop, une app

Ma femme stagnait dans sa pratique du sport, voulait se challenger, et le coaching de ChatGPT la laissait sur sa faim. Hop, une app.

On avait essayé Bankin, Excel, les enveloppes papier, daily budget, et rien ne collait vraiment à nos besoins. Hop, une app.

Je voulais gérer ma pipeline d’écriture en gardant la main sur ce que je produis, et tant qu’à faire rentabiliser mon abonnement Claude Max. Hop, une app.

En écrivant cette introduction je me rends compte que le mot “hop” revient trois fois en cinq lignes — c’est probablement un tic narratif qui mérite d’être interrogé, mais c’est aussi ce qui raconte le plus fidèlement ce qui s’est passé. Faire une app, pour trois besoins domestiques, est devenu un geste du même ordre de grandeur qu’installer une appli sur son téléphone : rapide, à disposition, adaptable à ma petite exception personnelle.

Rien ne collait vraiment

Les trois apps partagent un motif qui, une fois posé, m’a sauté aux yeux alors que je ne l’avais pas vu en les faisant. À chaque fois : un besoin précis, un marché d’outils existants qui ne le servait qu’approximativement, et cette petite irritation familière du pourquoi je dois m’adapter à un logiciel au lieu que l’inverse.

C’est une irritation nouvelle — ou plutôt, c’est une vieille irritation qu’il devenait inutile de subir. Parce que depuis quelques mois, j’ai l’outillage mental pour y répondre autrement que par la résignation. Je n’ai pas écrit ces trois apps parce que j’avais monté en compétence — je suis le même développeur qu’il y a six mois, et probablement pas meilleur qu’il y a dix ans. Je les ai écrites parce que Claude Code a rendu l’écart de coût entre s’adapter à l’existant et construire ce qu’on veut suffisamment étroit pour que la deuxième option devienne, enfin, raisonnable.

Trois apps

Belle Forme

Coaching sportif personnalisé pour Léa. Palette aux couleurs de Mrs. Maisel.

Bas de Laine

Budget domestique par enveloppes. La seule avec une vraie base et une auth.

Écritoire

Orchestrateur de ma pipeline d’écriture. Backend qui s’appelle Google Drive.

Trois apps, trois utilisateurs différents (l’une est pour Léa, l’autre pour nous deux, la dernière pour moi), trois stacks, trois niveaux d’authentification. Je n’avais aucun plan pour que ça fasse une série. La série est apparue après, quand j’ai regardé la liste en essayant de comprendre quoi en dire.

Belle Forme : une app pour quelqu’un

Belle Forme est une app de coaching sportif. La particularité, c’est ce qui se passe entre l’app et le coach. Il n’y a pas d’IA intégrée. Léa exporte sa progression depuis l’app, la colle dans un projet Claude qu’on a monté ensemble, l’IA propose un programme ajusté, Léa le réimporte. Le workflow a l’air bricolé — il l’est — et c’est un choix, pas un pis-aller.

Je paie déjà cher un abonnement Claude Max. Ajouter une API payante à l’app pour y intégrer une IA reviendrait à payer deux fois — et probablement à choisir un modèle moins bon, histoire que l’addition reste soutenable. Il existe bien l’API gratuite de Groq, mais sans accès aux meilleurs modèles, et surtout sans la mémoire d’un projet Claude qui apprend au fil du temps. Autrement dit, le workflow manuel — export, colle, réimport — est la forme la plus évidente, une fois qu’on a posé honnêtement le vrai prix de l’alternative.

Léa connaît ce workflow dans les moindres détails ; on fait la programmation du coaching ensemble, dans mon abonnement Claude. Ce sont ses retours, presque exclusivement, qui font évoluer l’app. Moi, j’ai apporté une chose qui n’était pas demandée : j’ai habillé l’interface aux couleurs de Mrs. Maisel, qu’elle adore. Ça ne change rien à ce que fait l’app. C’est juste le petit écart entre un outil et un cadeau.

Bas de Laine : la seule avec une vraie base

Bas de Laine est la plus technique des trois. Elle a une vraie base Neon PostgreSQL, une auth digne de ce nom, un vrai modèle utilisateur. Belle Forme se contente d’un mot de passe haché en variable d’environnement Netlify ; Écritoire délègue son auth à Google ; seule Bas de Laine a demandé l’artillerie complète.

La raison n’est pas que l’argent est sacré et mérite une architecture respectueuse. La raison est prosaïque : Bas de Laine, on l’utilise à deux. Multi-utilisateur, donc un vrai modèle de comptes, donc une base de données, donc une auth. Le respect qu’elle inspire est un effet de bord de la collaboration, pas une décision symbolique.

Quant au système d’enveloppes lui-même — un budget découpé en poches thématiques, chacune avec son solde, ses règles d’abondement, ses seuils — il préexistait à l’app. C’est notre méthode à Léa et à moi, rodée sur des tableurs, des enveloppes papier, et deux ou trois applications commerciales qu’on a tour à tour adoptées puis remisées. L’app n’a rien inventé. Elle a juste cessé de nous faire perdre du temps à maintenir l’intendance du système.

Écritoire : un backend qui s’appelle Google Drive

Écritoire gère ma pipeline d’écriture — les articles pour l’infolettre, leurs états (idée, brouillon, revue, planifié, publié), les dérivés pour les réseaux sociaux, les visuels associés. C’est une app Next.js, rien de singulier à ce niveau. L’étrangeté est ailleurs : Écritoire n’a pas de base de données. Son backend, c’est Google Drive.

J’aurais pu poser une vraie base, comme pour Bas de Laine. J’ai pris Drive, et la raison est moins élégante que ce qu’on pourrait imaginer. Ce n’est pas une affirmation philosophique sur la souveraineté de la donnée, ce n’est pas non plus un refus des silos propriétaires — c’est un choix d’intégration. Une partie de ma revue éditoriale se fait avec un autre outil, Cowork, qui accède à mes fichiers via la synchronisation locale de Drive. En gardant tout sur Drive, Écritoire et Cowork voient les mêmes fichiers sans que j’aie à bâtir un pont entre eux.

Conséquence inattendue mais agréable : Écritoire est devenu un orchestrateur de pipeline plus qu’un éditeur fermé. L’app tient les statuts et la structure ; la revue se fait à l’extérieur, dans Cowork ; le contenu revient enrichi dans Drive. Les outils se relaient, je me déplace à l’intérieur, aucun ne cherche à retenir ma donnée. C’est, je crois, la seule de mes apps qui serait difficile à sortir du privé — elle est cousue à mon atelier d’auteur du dimanche, et n’a pas de valeur pour qui ne partagerait pas ce drôle de bric-à-brac.

Trois mois, pas trois ans

Il faut que je pose un chiffre, parce qu’il change l’échelle de l’histoire : aucune de ces trois apps n’a plus de trois mois. Je les décris au présent, je les utilise au quotidien, mais elles sont très neuves — plus neuves que bien des épisodes de mon infolettre.

Ce qui a vraiment changé, entre le développeur que j’étais il y a deux ans et celui qui a livré ces trois apps cet hiver, ce n’est pas ma compétence technique. C’est ma confiance dans ce que Claude Code livre. Avant, ce que je faisais en “vibe coding” restait à l’état de maquette que je n’osais pas faire tourner ; aujourd’hui, je déploie en production une app qu’on utilise tous les jours à la maison, et ça ne me fait plus peur. La vitesse, dans cette histoire, n’est pas l’exploit — elle est le corollaire d’un outillage qui a cessé de trembler.

Des apps privées dans un portfolio public

Ces trois apps sont privées. Bas de Laine et Belle Forme sont derrière une authentification ; Écritoire demande un compte Google spécifique. Personne d’autre que Léa et moi ne les utilisera. Et pourtant elles ont leur place ici.

La raison tient en une phrase que je répète à qui veut l’entendre — et à qui ne veut pas aussi : Claude Code fait des applications une commodité. Ces trois apps sont la démonstration ordinaire de cette thèse. Pas mille utilisateurs, pas de startup à construire, aucune ambition marchande ; juste trois problèmes domestiques réglés, un par app, parce que c’était devenu plus économique que d’endurer l’approximation des outils du marché. Que le portfolio les héberge raconte ce que je suis : un builder, au sens où quelqu’un qui cuisine beaucoup finit par s’appeler un cuisinier, même sans restaurant. Le critère intéressant n’est plus combien sont servis. C’est est-ce que c’est servi.

Et puis, il y a la publiabilité latente. Deux d’entre elles pourraient sortir du placard si je le décidais. Belle Forme pourrait être ré-installée par quelqu’un d’autre depuis git, avec un guide. Bas de Laine pourrait gagner une notion de compte et devenir publique, sur le même modèle que My Tsundoku, déjà sortie du privé il y a quelques mois. Seule Écritoire restera intime — parce qu’elle est cousue à mon écriture, et que ce vêtement-là ne tombe bien que sur mes épaules.

P.S.

Si on me demande de raconter ce projet au comptoir, je ne parle ni de commodité des apps ni de confiance rendue à Claude Code. Je dis : j’ai voulu m’amuser avec l’IA, et je me suis pris au jeu. C’est la phrase la plus honnête de cette lettre, et c’est peut-être par elle que j’aurais dû commencer.